21 février 2012
Poétique et bucolique... séance photo et morceaux choisis
Un peu de poésie aujourd'hui (une fois n'est pas coutume) pour accompagner les photos d'un shooting très bucolique, dans une ambiance toute douce d'écorce, de mousse, et de fougères ; de magnifiques photos d'Elodie qui porte à merveille mes bijoux! Un grand merci à elle et au photographe Guillaume Ménant!
Textes choisis, qui me parlent et que je l'espère vous apprécierez aussi... si vous avez le courage de tout lire! :)
IL ÉTAIT UNE FEUILLE
Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de cœur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.
Robert DESNOS - Les Portes battantes (1936)
Une chanson que j'affectionne particulièrement, de Maxime Piolot;
je l'ai apprise enfant et je la chante aujourd'hui à ma fille.
Extrait:
Je suis un peuplier, qui s'est mis à marcher,
peut-être par amour, peut-être par ennui,
je sème sur ma route,mes feuilles et mes fruits
pour ne pas oublier, la terre où je suis né.
Je ne suis pas de bois, j'ai de grands yeux partout,
je parle avec mes feuilles je dis des mots très doux
Et seuls quelques enfants qui s'approchent de moi écoutent mon silence et répondent à ma voix...
Le premier arbre
C'était lors de mon premier arbre,
J'avais beau le sentir en moi
Il me surprit par tant de branches,
Il était arbre mille fois.
Moi qui suis tout ce que je forme
Je ne me savais pas feuillu,
Voilà que je donnais de l'ombre
Et j'avais des oiseaux dessus.
Je cachais ma sève divine
Dans ce fût qui montant au ciel
Mais j'étais pris par la racine
Comme à un piège naturel.
C'était lors de mon premier arbre,
L'homme s'assit sous le feuillage
Si tendre d'être si nouveau.
Etait-ce un chêne ou bien un orme
C'est loin et je ne sais pas trop
Mais je sais bien qu'il plut à l'homme
Qui s'endormit les yeux en joie
Pour y rêver d'un petit bois.
Alors au sortir de son somme
D'un coup je fis une forêt
De grands arbres nés centenaires
Et trois cents cerfs la parcouraient
Avec leurs biches déjà mères.
Ils croyaient depuis très longtemps
L'habiter et la reconnaître
Les six-cors et leurs bramements
Non loin de faons encore à naître.
Ils avaient, à peine jaillis,
Plus qu'il ne fallait d'espérance
Ils étaient lourds de souvenirs
Qui dans les miens prenaient naissance.
D'un coup je fis chênes, sapins,
Beaucoup d'écureuils pour les cimes,
L'enfant qui cherche son chemin
Et le bûcheron qui l'indique,
Je cachai de mon mieux le ciel
Pour ses distances malaisées
Mais je le redonnai pour tel
Dans les oiseaux et la rosée.
Jules Supervielle
La Fable du monde




















